Le Figaro : Ludovine de la Rochère : «Mettons un coup d’arrêt aux dérives sociétales, il y a urgence»

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FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Pour la sortie de son livre, Ludovine de la Rochère a accordé un entretien fleuve au FigaroVox. La présidente de la «Manif pour tous» estime que la victoire de François Fillon est encourageante, mais que son programme n’est pas complètement à la hauteur.


FIGAROVOX. – Votre livre, Familles je vous aime est un manifeste pour l’avenir, mais aussi un bilan du quinquennat. Que retenez-vous de ces cinq années en matière de politique familiale?

En ce qui concerne la politique familiale, le quinquennat de François Hollande est sans précédent par l’ampleur et le caractère systématique de la démolition: les principes mêmes de cette politique ont disparu, à commencer par celui de l’universalité des allocations familiales et la double baisse du plafond du quotient familial. Fondés sur le fait que la famille assure l’avenir de la nation et qu’il est utile à tous d’investir dans ce domaine, ces principes en faisaient une politique originale de solidarité horizontale, s’exerçant entre foyers avec enfants et foyers sans enfant. Hélas, elle s’apparente désormais à une politique sociale qui pourra être encore rabotée en fonction des aléas budgétaires… ou idéologues si la gauche reste au pouvoir au-delà de 2017.

C’est par ses mesures allant à l’encontre du respect de l’Homme, à commencer par l’altérité sexuelle, que François Hollande a le plus gravement atteint la famille.

Le bilan désastreux de François Hollande ne s’arrête pas là et contient de nombreuses autres mesures – réduction d’un tiers de la durée du congé parental, plafonnement et imposition de la majoration de pension pour avoir élevé trois enfants ou plus, hausse des tarifs de cantine pour les familles nombreuses, baisse des allocations logements, etc.

Le résultat est là: 19.000 naissances en moins en 2015. Si les spécialistes des politiques publiques s’interrogeaient parfois sur l’efficacité de notre politique familiale, ils ont la réponse à leur question! De fait, la fiscalité est un levier majeur, que l’on souhaite agir en faveur ou au détriment d’un secteur d’activité…

Cela étant dit, ce n’est pas le plus grave, loin s’en faut. C’est en effet par ses mesures allant à l’encontre du respect de l’Homme, à commencer par l’altérité sexuelle, que François Hollande a le plus gravement atteint la famille.

Au-delà de la politique du gouvernement, vous évoquez une offensive idéologique des partisans de la théorie du genre et du transhumanisme…

La loi Taubira est fondée sur un double postulat: d’une part, le mariage serait destiné à célébrer l’amour de deux personnes qui s’aiment et d’autre part, être homme ou femme aurait peu de sens et peu d’importance. C’est là le fondement même de l’idéologie du genre, qui a conduit à l’idée que deux hommes ou deux femmes pourraient se marier et qu’un enfant pourrait avoir indifféremment un père et une mère, deux mères ou deux pères: outre le fait qu’un enfant ne peut pas avoir deux pères ou deux mères, et qu’il n’en a d’ailleurs pas besoin, on est dans la confusion entre la paternité et la maternité, entre le père et la mère.

Pourrons-nous vivre sans savoir qui nous sommes et pourrons-nous vivre en société sans savoir qui est l’Autre ?

Comme l’attestent les revendications délirantes portant sur l’identité de genre qui devrait remplacer l’identité sexuelle pour que l’Homme se sente pleinement libre et respecté dans son ressenti et ses choix, les conséquences de cette confusion sont immenses. Pourrons-nous vivre sans savoir qui nous sommes et pourrons-nous vivre en société sans savoir qui est l’Autre? À ceux qui ont du mal à me croire, je précise que Facebook, par exemple, reconnaît 71 identités de genre, dont «pangenre», «genderfluide», «indéterminé», «neutre», «indifférencié», etc. J’ajoute qu’un texte législatif, actuellement en cours de débat à l’Assemblée nationale, introduira le concept «d’identité de genre» dans notre droit s’il est voté, ce qui est hélas fort possible.

Pour en revenir aux couples de personnes de même sexe, comme ils ne sont pas en mesure de concevoir un enfant ensemble, il conviendrait, selon les «progressistes» que vous évoquez, de contourner cette impossibilité en utilisant les techniques existantes: la PMA et la GPA. Nous sommes là, déjà, dans la logique transhumaniste: les limites de l’humain étant «insupportables», «injustes» et «à l’origine d’inégalités», les techniques biomédicales – quelles qu’elles soient – devraient être mises à profit pour améliorer la condition humaine, ce qui conduira naturellement à transformer l’humanité. Et pas forcément pour le meilleur malheureusement! Nous sommes face à des enjeux de civilisation qui nous dépassent, mais dont l’issue se joue en partie aujourd’hui.

Vous militez toujours pour l’abrogation de la loi Taubira. Dans ce contexte, n’est-ce pas un combat déjà perdu? Pourquoi ne pas se concentrer sur la PMA et la GPA?

Avec des millions de Français, nous nous sommes battus contre cette loi. Elle était mauvaise. Elle n’a pas changé. Elle est donc toujours mauvaise. Les raisons de s’y opposer n’ont pas changé, elles demeurent.

Il s’agit bien sûr d’un combat immensément difficile et l’on pourrait être tenté de passer à l’étape suivante en se focalisant de manière exclusive sur la filiation. Mais il nous faut rester cohérents. Et nous sommes immensément nombreux à ne pas nous résoudre à laisser concevoir sciemment des enfants orphelins de père ou de mère. Je pense aussi à ces enfants orphelins qui ont été confiés par les services de l’État à des couples d’hommes ou de femmes. Au printemps dernier, l’un d’eux, âgé de 5 ans, vivant en Seine-Saint-Denis, qui avait compris qu’il serait peut-être adopté par deux hommes, ne cessait de répéter «je veux une Maman»… Peut-on rester insensible à ce cri de détresse d’un enfant? Assurément non.


Il faut impérativement cesser de laisser filer les unes après les autres les étapes de déstructuration de la société, toujours sous prétexte qu’on ne peut rien faire et qu’on verra la prochaine fois.


Ensuite, je pense qu’il faut impérativement cesser de laisser filer les unes après les autres les étapes de déstructuration de la société, toujours sous prétexte qu’on ne peut rien faire et qu’on verra la prochaine fois. Il faut mettre un coup d’arrêt aux dérives sociétales et il y a urgence, elles n’ont été que trop loin. Et compte tenu du moment présent de l’Histoire, nous avons souhaité «ne rien lâcher» sur la loi Taubira. Il est grand temps de dire stop. Et les faits nous donnent raison. Qui aurait imaginé que cette question soit encore au cœur des débats comme elle l’a été durant la campagne de la primaire de la droite et du centre, particulièrement pendant l’entre-deux-tours? Maintenir la famille et la filiation au cœur du débat public est notre premier objectif.

J’ajoute que le fait de poser très fermement une exigence fait de celle-ci l’aune du reste. Je veux dire que si le critère est la PMA sans père et la GPA, alors elles seront légalisées un jour ou l’autre. Tandis que si le critère est la loi Taubira, nous n’aurons pas la PMA et la GPA, et j’espère même que nous parviendrons rapidement à revenir sur l’ouverture de l’adoption à deux hommes ou deux femmes.

Un autre point essentiel est d’ordre culturel: nous voyons bien, autour de nous, aussi bien les dégâts considérables d’un individualisme exacerbé que l’attente très forte de sens et de fondements pérennes pour la société. À l’évidence, le respect de notre humanité homme-femme et celui de l’intérêt supérieur de l’enfant peuvent être tout à fait compris de nos concitoyens. Or ces deux seuls principes impliqueraient déjà des changements législatifs majeurs et très positifs pour l’avenir.

 

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Par Alexandre Devecchio – Publié le 02/12/2016 à 20h43
http://premium.lefigaro.fr/vox/societe/2016/12/02/31003-20161202ARTFIG00346-ludovine-de-la-rochere-mettons-un-coup-d-arret-aux-derives-societales-il-y-a-urgence.php