Suppression de près de 12 millions d’heures d’aidants pour les familles
20 octobre 2026
Un mauvais tour de passe-passe qui menace 7 000 emplois à temps plein

On ne vieillit pas dans une « ligne comptable » mais chez soi ! Avec un conjoint qui se relève la nuit, un enfant qui coordonne les rendez-vous, un petit-enfant qui s’inquiète, une famille qui se partage les démarches, les dépenses et parfois les désaccords. Voilà pourquoi le « tour de passe-passe » budgétaire, révélé par l’article de Béatrice Jérôme dans Le Monde du vendredi 16 octobre, n’est pas une querelle technique entre l’État et les départements : il concerne directement la vie des familles.
Le PLFSS 2027 promet 300 M€ de CSG aux départements, pour financer l’allocation personnalisée à l’autonomie (APA) et la prestation de compensation du handicap (PCH). Mais cette somme serait retirée, à due concurrence, des concours de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA). Ce qui est présenté comme une ressource nouvelle devient un jeu à somme nulle. Parallèlement à cela, un projet de décret vise 250 M€ d’économies sur l’APA à domicile. Cela signifie que, pour les 832 000 bénéficiaires concernés, la participation mensuelle moyenne passerait de 132 à 156 € avant crédit d’impôt. Ainsi, ce sont 24 € sur le papier dans un foyer déjà contraint ; et des heures d’aide auxquelles on renonce.
Le prix réel de cette économie ne figurera pas dans le budget. En revanche, il apparaîtra dans la fatigue du conjoint, le temps partiel subi de l’enfant aidant, les kilomètres parcouru par le petit-fils, par la culpabilité de la fille qui habite loin ou encore, à travers les tensions entre frères et sœurs. Les employeurs du domicile redoutent, à juste titre, la disparition de près de 12 millions d’heures d’aide par an, soit environ 7 000 emplois à temps plein. Or, moins d’aide aujourd’hui, ce sont davantage de chutes, d’hospitalisations, d’entrées précipitées en établissement et de proches épuisés demain.
Pourtant, la France connaît l’ampleur du défi. En 2026, environ 2,15 millions de personnes de plus de 60 ans vivent avec une perte d’autonomie, dont 710 000 avec une dépendance sévère. Elles pourraient être 2,8 millions au début des années 2050. Près de 3,9 millions de personnes aident déjà un proche âgé à domicile et 47 % déclarent que cette aide dégrade leur santé. Et que dire des 2 millions de personnes âgées souffrant de l’isolement et du sentiment de « ne plus compter », parmi lesquelles 750 000 n’ont presque plus aucuns liens familiaux, amicaux, associatifs ou de voisinage ! Quand la solidarité publique recule, la solidarité familiale ne se substitue pas sans coût : elle absorbe le choc jusqu’à l’épuisement.
Depuis 15 ans, promesses et textes se succèdent : loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement du 28 décembre 2015, création de la branche Autonomie en août 2020, loi du 8 avril 2024 dite « Bien vieillir », ... Mais une vraie loi d’ampleur pour réformer le grand-âge n’a jamais été élaborée. Même la loi de programmation pluriannuelle, promise par le Gouvernement dans la loi « Bien vieillir » avant le 31 décembre 2024, a été abandonnée. Ainsi à l’approche des échéances électorales, notre pays n’aura pas de visibilité financière, humaine et territoriale tant attendue. Le droit proclamé de vieillir chez soi demeure conditionné à son département, à son revenu et à la disponibilité de sa famille.
Ainsi, l’élection présidentielle de 2027 ne pourra pas reléguer le grand âge, à une simple rubrique sociale en fin de programme. Les candidats devront s’engager clairement sur ce sujet majeur de société. Ils devront annoncer la place qu’ils accordent aux liens entre les générations et jusqu’où ils acceptent de faire de l’entourage familial le financeur, le coordinateur et le dernier recours. En aucun cas, il ne s’agit d’opposer les âges : chacun devenant tour à tour enfant, parent, proche aidant et personne aidée. Mais plus que jamais, le grand-âge est une épreuve de vérité pour l’avenir et pour notre conception de la famille.
Une société qui transforme la famille en « dernier guichet » de la dépendance, abandonne ses aînés et épuise ses descendants. Il est donc crucial de l’aider à en rester le pilier, pour préserver les générations futures.
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