ASE : faire de la famille élargie une alternative au placement collectif
3 novembre 2026
Alors que l’accueil collectif est devenu la première modalité de placement, la famille élargie demeure trop peu mobilisée. Mieux l’identifier, la soutenir et préserver les liens de l’enfant permettrait de protéger sans ajouter d’autres ruptures, à celles déjà subies.

L’aide sociale à l’enfance (ASE) reste confrontée à une crise de moyens, de continuité et de pilotage. En effet, selon les récentes données, encore provisoires, de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), 411 700 mesures étaient en cours fin 2025 : 217 400 jeunes accueillis hors de leur milieu habituel et 194 300 suivis par une action éducative. L’établissement représente 41 % des accueils, contre 36 % pour les familles d’accueil. En outre, le rapport d’enquête de la députée Isabelle Santiago (PS, Val-de-Marne) sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance, publié le 1er avril 2025, qualifie l’action publique de « profondément et structurellement dysfonctionnelle » ; 71 % des établissements peinant à recruter et 30 000 postes étant vacants.
Cette saturation produit des changements de lieu fréquents pour les enfants, des décisions mal exécutées et des liens familiaux fragilisés. Ainsi, près de la moitié des enfants placés connaîtraient au moins 3 lieux d’accueil successifs, a-t-il été rappelé au Sénat le 29 octobre 2026, lors de la discussion du projet de loi relatif à la protection des enfants. À chaque rupture, l’enfant peut perdre son école, ses repères, ses frères et sœurs, ses grands-parents ou un adulte de confiance. Les visites annulées, l’éloignement et l’absence d’interlocuteur laissent aussi les proches en marge, alors qu’ils pourraient justement soutenir le parent ou accueillir l’enfant. Par ailleurs, le Défenseur des droits a relevé en 2025, des mesures de milieu ouvert non exécutées, des accueils par défaut en hôtel et un accompagnement insuffisant des tiers dignes de confiance.
Le paradoxe est net : la famille élargie et les tiers dignes de confiance ne représentent que 7 à 8 % des placements. En ce sens, le Sénat a adopté en séance publique, à l’article 3 du projet de loi, un amendement des sénatrices Marie-Claude Lermytte (Divers droite, Nord – Groupe RDSE), Marie-Do Aeschlimann (LR, Hauts-de-Seine) et Corinne Bourcier (Divers droite, Maine-et-Loire - Groupe LITR), afin de donner la priorité à l’autre parent, puis à un membre de la famille et/ou enfin à un tiers digne de confiance. Dès lors, le placement institutionnel devient subsidiaire et doit être spécialement motivé. Cette avancée importante rejoint, d’ailleurs, la proposition n°63 du Syndicat de la Famille, qui vise à renforcer les droits de l’enfant et préserver ses liens avec sa famille et son cadre de vie.
A présent, il convient de rendre cette priorité effective. Le Syndicat de la Famille appelle donc les pouvoirs publics à lancer 2 initiatives :
- Créer dans chaque département un « référent famille élargie », chargé de cartographier les proches mobilisables sur 3 générations et de consigner les réponses dans le projet pour l’enfant.
- Instaurer un « passeport des liens » opposable, suivant l’enfant lors de chaque changement de lieu et recensant tout son entourage familial, ses rythmes de rencontre et le motif de toute interruption.
Protéger un enfant impose d’abord de sécuriser son entourage protecteur : l’institution doit rester nécessaire, temporaire et tournée vers la continuité de ses liens.
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