La fête des mères a une histoire plus complexe qu’on ne le croit. Elle n’est pas une invention politique ou commerciale récente, elle ne date pas du XXe siècle : beaucoup plus ancienne, elle tire sa source de rites anciens et de traditions chrétiennes… qui s’expliquent tout simplement par le caractère extraordinaire de la maternité, qui la toujours rendu presque sacrée aux yeux des Hommes. Les déesses-mères découvertes dans nombre de civilisations disparues depuis longtemps en attestent.
Dans l’Antiquité, on trouve des fêtes liées à la maternité, à la fécondité et aux grandes figures maternelles. Les Grecs honoraient notamment Rhéa, mère des dieux olympiens, associée à la fécondité et à la figure de la Grande Mère. À Rome, les Matronalia, célébrées le 1er mars, rendaient hommage aux femmes mariées et aux mères, sous le patronage de Junon.
Au Moyen Âge, en Angleterre, apparaît une tradition différente : le Mothering Sunday. Le quatrième dimanche de Carême, on retournait vers son église-mère, souvent la paroisse de son baptême ou la cathédrale du diocèse. Peu à peu, cette fête religieuse devient aussi un moment familial : les domestiques et apprentis peuvent rentrer voir leur mère.
La fête des mères moderne naît surtout aux États-Unis. Après la mort de sa mère, Anna Jarvis veut créer une journée pour honorer les mères, non pas de façon abstraite, mais très personnelle : chacun devait remercier sa propre mère. La première grande célébration a lieu en 1908, en Virginie-Occidentale ; puis, en 1914, le président Woodrow Wilson fait du deuxième dimanche de mai une journée nationale consacrée aux mères. Ironie de l’histoire : Anna Jarvis combattra ensuite violemment la commercialisation de la fête, regrettant qu’elle devienne une affaire de fleurs, de cartes et de chocolats.
En France, le village d’Artas, en Isère, organise en 1906 une cérémonie en l’honneur de mères de familles nombreuses, sous l’impulsion de Prosper Roche. Après la Première Guerre mondiale, la fête prend aussi une dimension patriotique et démographique : on honore les mères de familles nombreuses, dans une France marquée par les pertes humaines et l’inquiétude de la dépopulation. Puis durant la Seconde guerre, elle est intégrée à la vision nataliste et patriotique d’alors.
La République l’inscrit ensuite dans la loi du 24 mai 1950, qui prévoit de rendre hommage chaque année aux mères françaises. Et le Code de l’action sociale et des familles prévoit la fête des mères au dernier dimanche de mai, sauf si cette date tombe le jour de la Pentecôte (dans ce cas, elle est repoussée au premier dimanche de juin).