Le rapport du Haut Conseil à l’Égalité, Du plancher collant au plafond de mère, fait de la « pénalité maternelle » le cadre central de son analyse. Présenter l’enfant comme la cause d’une pénalité pour sa mère risque d’installer une idée préoccupante : l’enfant empêcherait sa mère de s’épanouir.
Le rapport Du plancher collant au plafond de mère décrit les difficultés que certaines femmes rencontrent après une naissance : ralentissement de carrière, temps partiel subi, écart de revenus ou difficultés de promotion. Mais en faisant de la « pénalité maternelle » le cœur de son analyse, le rapport adopte un prisme réducteur. L’émancipation féminine y est pensée d’abord à travers l’emploi, le salaire et la progression de carrière. L’arrivée d’un enfant apparaît alors avant tout comme une rupture à corriger, dont il faudrait effacer les conséquences afin que la mère reprenne au plus vite sa place dans le monde du travail.
Un message dramatique
Quel message envoyons-nous ainsi à l’enfant ? Celui qu’il serait responsable du ralentissement de la carrière de sa mère, de sa moindre disponibilité professionnelle ou de ses difficultés financières. C’est un message dramatique : l’enfant deviendrait celui qui empêcherait sa mère d’être pleinement épanouie. Il serait un poids.
Mais le message adressé aux mères l’est tout autant. Dans un contexte de chute de la natalité, réduire l’enfant à une entrave à leur épanouissement revient à dévaloriser la maternité et à nourrir les inquiétudes de celles qui envisagent d’avoir un enfant. Or, pour de nombreuses femmes, passer du temps auprès de leur jeune enfant ou mettre temporairement leur carrière entre parenthèses n’est pas un renoncement. C’est un choix qui peut être source d’épanouissement, à condition qu’il soit libre, soutenu et qu’il ne ferme pas durablement la porte d’un retour à l’emploi.
Les femmes ne forment pas un bloc homogène. Beaucoup souhaitent poursuivre leur activité professionnelle à plein temps. D’autres souhaitent, après une naissance, rééquilibrer leur temps entre travail et présence auprès de leur enfant. D’autres encore choisissent de réduire temporairement leur activité afin d’accompagner ses premières années. Ce choix n’est ni une défaite, ni une aliénation, ni un sacrifice : il peut être une décision libre, réfléchie et profondément épanouissante.
Notre position
Le problème n’est pas que des femmes consacrent du temps à leurs enfants. Le problème est que la France ne leur en donne pas réellement les moyens. La reprise rapide du travail est favorisée par des congés parentaux insuffisamment indemnisés et contraints, par des organisations professionnelles peu compatibles avec la vie familiale, et par une culture publique qui valorise davantage la disponibilité permanente pour l’emploi que le temps donné à l’éducation des enfants. Le marché du travail doit s’adapter aux réalités familiales, et non imposer aux familles de s’y conformer.
En ce sens, Le Syndicat de la Famille demande des congés parentaux libres, suffisamment revalorisés et réellement accessibles ; des temps partiels choisis et protégés ; des horaires compatibles avec la vie familiale ; et un accompagnement concret des parents. Laissons les femmes décider de leur équilibre de vie, sans leur répéter que l’enfant serait une entrave à leur carrière.