Alors que certains veulent scolariser les enfants de plus en plus tôt, regardons de plus près ce que le PISA (programme international pour le suivi des acquis) 2025 révèle sur le rôle des parents.
Un indicateur mérite notre attention : le « soutien familial ». Il mesure l’intérêt des parents pour les apprentissages, les échanges sur la journée d’école, les discussions sur les difficultés rencontrées et sur l’avenir scolaire.
Sur ce terrain, la France est mal placée : son indice atteint −0,42, contre −0,19 en moyenne dans l’OCDE. Et la tendance est à la baisse. Cet indicateur repose sur les déclarations des élèves. Il ne mesure donc pas directement le temps passé par les parents, mais est un signal préoccupant.
Tout ne se joue pas à l’école
En effet, en trois ans, on est passé de 74% à 63% d’élèves déclarant que leurs parents leur demandent chaque semaine ce qu’ils ont fait à l’école. Les échanges hebdomadaires sur les problèmes scolaires reculent, eux, de 48 % à 34 %.
Le lien avec la réussite scolaire mérite d’être pris au sérieux. L’OCDE observe une association positive entre le soutien familial déclaré et les performances : en moyenne, les élèves qui disent bénéficier d’un accompagnement plus important obtiennent de meilleurs résultats. Cela ne signifie pas que le soutien des parents soit la seule explication, ni qu’il suffirait à lui seul à améliorer les performances. Mais ce résultat rappelle une évidence trop souvent reléguée au second plan : les apprentissages ne se jouent pas uniquement dans la classe.
Cette donnée prend une résonance particulière alors que certains proposent de scolariser les enfants toujours plus tôt. Hier, Bruno Le Maire proposait de les scolariser dès l’âge d’un an…
Pourtant, Santé publique France, sous tutelle du ministère de la Santé, souligne que les « 1 000 premiers jours » sont déterminants pour le développement de l’enfant. Ses travaux insistent notamment sur la qualité de la relation parent-enfant et l’environnement affectif.
La proposition de Bruno Le Maire apparaît donc irréfléchie et témoigne d’une méconnaissance, voire d’un mépris, des politiques vis-à-vis des besoins fondamentaux des enfants.
S’inspirer de nos voisins
Plusieurs systèmes éducatifs performants font commencer l’école obligatoire à 7 ans, notamment en Estonie, en Finlande et en Suède. L’Estonie, parmi les pays les mieux placés pour le « soutien familial », obtient 534 points en sciences, contre 458 pour la France. La Suède figure également parmi les premiers pays pour cet indicateur. Son enseignement scolaire proprement dit commence à 7 ans, après une année préscolaire à 6 ans.
Rappelons que c’est Emmanuel Macron qui a décidé de passer de 6 ans à 3 ans, en 2019. L’âge de début de l’obligation n’avait pas changé depuis la loi Ferry de 1882.
Il ne s’agit pas d’en déduire que commencer l’école plus tard garantit de meilleurs résultats. Les comparaisons internationales n’établissent aucune causalité. Les performances dépendent de nombreux facteurs : qualité de l’enseignement, organisation scolaire, conditions sociales, ressources familiales, politiques de petite enfance et culture éducative. Mais le PISA nous invite à élargir le débat.