Fin de vie

Des militants du “droit de choisir sa mort”, des instances diverses – Comité consultatif national d’éthique, Convention citoyenne sur la fin de vie (organisée par le CESE)… – et des élus – dont le Président Emmanuel Macron et les députés Olivier Falorni et Yaël Braun-Pivet – souhaitent la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie, c’est-à-dire de l’injection létale auto-administrée ou administrée pour un membre du personnel soignant.

D’après eux, la société devrait permettre à toute personne confrontée à une maladie grave et incurable de mourir au moment désiré. Leur postulat est qu’une personne malade, dépendante et souffrante aurait perdu sa dignité. « L’aide à mourir » permettrait à la personne de poser un « ultime acte de liberté » et de choisir le moment pour mourir.

Après un premier projet de loi tombé à la suite de la dissolution de juillet 2024, une proposition de loi a été déposée le 10 avril 2025 à l’Assemblée nationale par Olivier Falorni (qui est par ailleurs membre d’honneur de l’ADMD – l’Association pour le droit de mourir dans la dignité). L’Assemblée nationale l’a adoptée en première lecture le 27 mai 2025 et le Sénat l’examine à son tour, en 1e lecture, le 7 janvier 2026 en Commission des affaires sociales et à partir du 20 janvier 206 en séance publique.

Ce texte énonce les conditions d’accès au suicide assisté et à l’euthanasie. Le Syndicat de la Famille observe la grande fragilité de ces conditions, notamment à travers le critère de « maladie grave et incurable en phase avancée ou terminale ». Cette expression est aussi large que floue. Elle peut aussi bien concerner des maladies dégénératives que des maladies chroniques ou une déficience intellectuelle d’origine génétique, comme la trisomie 21. On est bien loin de “l’exception d’euthanasie” qui avait été annoncée par le président de la République.

Quant au moment d’une éventuelle demande, elle pourrait donc se faire dès l’annonce d’un diagnostic, soit bien avant la fin de vie.

Une fois la demande faite (à l’oral seulement) et validée par le médecin (la décision n’est pas collégiale), la proposition de loi prévoit un délai de deux jours pour fixer la date de l’injection létale. Deux jours seulement pour confirmer la volonté de mourir. Deux jours qui peuvent correspondre à un moment de fragilité particulière pour le malade : l’absence d’un proche, un pic de douleur, une contrariété émotionnelle… 

Et si un membre de la famille – conjoint, enfant, frère ou soeur, parent – ou un soignant tente de dissuader le patient d’accélérer sa mort, il pourrait être condamné par la justice pour “délit d’entrave”.

A l’inverse, il n’est pas prévu de délit d’incitation pour protéger le patient d’éventuelles pressions, de militants associatifs, de proches ou d’autres. 

Pourtant, grâce aux soins palliatifs, qui sont un progrès extraordinaire, la médecine est capable de soulager les souffrances physiques et psychiques, quitte à sédater une personne si nécessaire.

Dans ce projet législatif, il y a objectivement une part d’idéologie importante : très peu de soignants, côtoyant au quotidien les malades et les mourants, sont appelés à l’aide pour mourir. Et quand c’est le cas, l’amélioration de l’accompagnement fait disparaître de telles demandes : elles sont en réalité des appels au secours, comme les médecins sont nombreux à en témoigner.

Quant aux familles, lorsqu’elles sont présentes, aimées et aimantes, leur proche en fin de vie ne demande pas qu’on accélère sa mort. Et réciproquement, la manière dont ce proche vivra ses derniers moments est décisive pour elles : le suicide est toujours une tragédie pour l’entourage familial, y compris le suicide assistée et l’euthanasie, comme l’a observé la suicidologie dans le cadre d’études* conduites en Suisse, au Canada et en Oregon (Etats-Unis).

Mais la dégradation de notre système de santé, la mise à l’écart du handicap, de la maladie et de la mort dans notre société, la méconnaissance et les inégalités d’accès aux soins palliatifs augmentent le malaise autour de la fin de vie, ce qui incite certains à penser que « l’aide à mourir » est une solution.

Les soins palliatifs, en effet, ne sont pas encore connus de tous les Français et ils ne sont pas encore accessibles partout en France. L’urgence législative n’est donc pas de légaliser l’injection létale. Elle est au contraire d’augmenter nos efforts pour intégrer les malades et personnes en fin de vie dans un système de santé à la hauteur de ce moment de vie, qui nous concerne tous.

La fin de vie reste toujours un moment de vie. La personne, toujours digne quel que soit son état de santé, est encore là parmi nous.

* Parmi ces études :

  • “Desire for hastened death: a research update” – Palliative and Supportive Care (2014)
  • Les proches impliqués dans une assistance au suicide. Par Murielle Pott, Julie Dubois, Thierry Currat et Claudia Gamondi (2011)
  • Vaiva G. et al., 2010, Impact de la tentative de suicide sur les proches du suicidant : premiers résultats de l’étude Imtap, 42e journée du Groupement d’étude et de prévention du suicide, Versailles.
  • Family involvement in decisions about life-sustaining treatment in advanced cancer” – JCO Oncology Practice (2006)
  • « Comprendre le suicide » Mishara, Brian L., et Michel Tousignant. Comprendre le suicide. Presses de l’Université de Montréal, 2004, https://doi.org/10.4000/books.pum.10630
  • Kimsma GK, van Leeuwen E. The role of family in euthanasia decision making. HEC Forum (2007);19:365-73.
  • Ganzini L, Goy ER, Dobscha SK. Why Oregon patients request assisted death?: Family members’ views. J Gen Intern Med 2008;23:154-7
  • Zala M. Chronique d’une mort volontaire annoncée : l’expérience des proches dans le cadre de l’assistance au suicide. Fribourg : Academic Press Fribourg, 2005

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